15 janvier 2004
agrandir la taille du texte diminuer la taille du texte envoyer cette page imprimer cette page

2004-080 - Les disparités de rémunération entre les hommes et les femmes : la situation de quatre branches professionnelles

N°80 - Janvier 2004

par Fathi FAKHFAKH Séverine LEMIERE Marie-Pierre MERLATEAU Dominique MEURS

"Les femmes gagnent moins que les hommes, et cela, (…) dans toutes les régions du monde, que l’on compare les rémunérations sur une base horaire, hebdomadaire ou mensuelle et que l’on considère l’ensemble des activités non agricoles ou les activités manufacturières uniquement", Anker R. (1997).

De nombreuses études ont traité ce thème et cherché à identifier les origines de ces écarts de rémunération. Une première ligne d’analyse est celle proposée par Becker (1957) en termes de préférences individuelles, préférences qui peuvent provenir soit des employeurs, des salariés ou des consommateurs et qui entraînent qu’un même travail est davantage payé aux salariés hommes qu’aux femmes. Cela amène à prédire que les entreprises qui préfèrent la main d’œuvre masculine n’emploient que des hommes, les autres n’embauchent que des femmes réalisant ainsi une économie de coûts et davantage de profits. Ce type deraisonnement trouve vite une limite pour rendre compte des faits observés, car la discrimination à l’encontre des femmes se traduit plus communément par des différences d’accès aux emplois à diplôme et expérience égale que par une différence de rémunération à poste identique. La question n’est pas tant « de combien un chef de projet en informatique « homme » va être davantage rémunéré que son homologue féminine ? » que « quelle est la perte de rémunération encourue par les femmes qui ne sont pas chefs de projet alors qu’elles pourraient l’être ? ». Le prolongement logique de cette question serait d’identifier les causes qui conduisent à cette situation, que ce soit un préjugé des employeurs sur la capacité des femmes à s’investir dans l’entreprise (discrimination statistique, cf Phelps et Arrow), ou des obstacles pour concilier ce type d’emploi avec les contraintes familiales (thème de l’offre de travail et des négociations des tâches domestiques au sein des ménages) ou simplement, en amont du marché du travail, les présupposés sur les métiers masculins/féminins qui vont influer les choix scolaires et restreindre l’éventail des emplois accessibles aux femmes.

Dans ce travail, nous nous consacrons à l’analyse des différences de rémunération pour des caractéristiques individuelles semblables. L’originalité de cette étude est de se placer à un degré d’analyse très fin, à savoir un raisonnement sur des branches professionnelles régies par la même convention collective. L’avantage de cette démarche est d’une part de réduire la variabilité des populations étudiées, d’autre part de pouvoir prendre en compte les pratiques spécifiques de gestion de la main d’œuvre, tout particulièrement la structure hiérarchique des emplois reflétée par la grille de classification propre à la branche. Raisonner sur des entreprises dans une branche définie permet ainsi de cerner au plus près les différences de rémunération entre les hommes et les femmes dans un environnement d’emploi similaire. En revanche, nous perdons la possibilité d’énoncer des résultats globaux pour l’ensemble de l’économie.