2002-060 - Comparaisons internationales de durée et de productivité
N°60 - Septembre 2002
par Odile CHAGNY et Mireille BRUYERE - Observatoire Français des Conjonctures Économiques.
PARTIE 1 : SYNTHESE ET PRINCIPAUX RESULTATS
Les principaux objectifs
Les comparaisons internationales du contenu en emploi de la croissance et plus particulièrement de la productivité du travail au niveau macro-économique font l’objet de nombreux débats. Pourtant, ces comparaisons soulèvent plusieurs problèmes méthodologiques. Le manque d’homogénéité des bases de données entre les pays, les problèmes de ruptures statistiques dans le cadre d’un même pays constituent un obstacle aux études comparatives et dynamiques. La multiplicité des sources et leur non-concordance sont également source de confusion. Ces problèmes se retrouvent au niveau des données les plus simples, telles que l’emploi et la durée du travail.
Cette étude se propose de montrer qu’une analyse systématique des sources statistiques et des méthodes permet d’identifier une grande partie des biais dont souffrent les comparaisons internationales de productivité horaire, tout particulièrement pour ce qui concerne la mesure de la durée du travail. Elle tente également de réduire l’hétérogénéité des mesures du volume de travail en proposant une évaluation de la durée de travail basée sur des concepts et une méthodologie aussi proches que possible. Enfin, elle porte un regard critique sur l’indicateur de mesure de la durée effective du travail qu’elle propose en le confrontant à d’autres sources et en le replaçant dans le cadre des régulations nationales relatives au temps de travail. La comparaison porte sur huit grands pays industrialisés (États-Unis, Japon, Allemagne France, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Pays-Bas) et se concentre essentiellement sur la mesure de la durée du travail des salariés. La période couverte porte, pour ce qui est de la construction de l’indicateur synthétique de durée du travail, sur les années 1983-1998, mais des tendances sur plus longue période (1970-1998) sont également dégagées.
Les choix méthodologiques
La volonté de contribuer à accroître le degré de comparabilité internationale incite à privilégier pour la mesure de la durée du travail les enquêtes sur les forces de travail, seule source à permettre des comparaisons sur un champ et des concepts quasiment identiques. L’intérêt des enquêtes sur les forces de travail réside également dans une meilleure perception des heures supplémentaires habituelles non rémunérées. Dans un mouvement de dilution des frontières du travail, cette approche suppose aussi que l’individu est encore le mieux placé pour évaluer la durée de son activité productive. La durée effective proposée se base sur l’exploitation de l’enquête communautaire sur les forces de travail de printemps pour les pays européens, sur celle des enquêtes sur les forces de travail mensuelles au Japon et aux États-Unis.
La méthode d’estimation utilisée est une méthode par composantes. Elle part de la durée hebdomadaire des salariés à temps plein, corrigée dans un premier temps de l’impact du temps partiel à partir du taux de temps partiel et de la durée relative d’un temps partiel (éventuellement lissée) tirés directement de l’enquête communautaire sur les forces de travail. Une durée hebdomadaire effective de l’ensemble des salariés est ensuite calculée en tenant compte des principaux facteurs de variation déclarés la semaine de référence (absences partielles ou totales pour maladie, maternité, chômage technique, heures supplémentaires - autant que possible uniquement conjoncturelles). Cette durée hebdomadaire effective est enfin annualisée à partir d’informations spécifiques sur les congés et les jours fériés. Elle a été calculée pour l’emploi principal mais aussi tous emplois confondus lorsque cela était possible, pour mesurer l’impact des activités multiples. Dans le cas des Pays-Bas, les différences de concepts et les ruptures sont telles qu’il est impossible d’utiliser l’enquête forces de travail, si bien que l’essentiel des éléments relatifs à la durée du travail proviennent de sources nationales basées essentiellement sur des enquêtes auprès des établissements. Enfin, l’apport de l’utilisation d’une enquête continue est évaluée au travers de l’exemple de l’Espagne.
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