16 avril 2002
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2002-053 - Mécanique du plan de licenciement : déconstruction d’argumentaires économiques de projets de licenciements

N°53 - Avril 2002

par Tristan Boyer

Les procédures de licenciement économique collectif sont des moments particulièrement importants pour l’entreprise, tant pour les directions que pour les salariés, mais aussi plus largement pour les parties prenantes à la vie de l’entreprise, c’est à dire les clients, les fournisseurs, les actionnaires et les citoyens. Ce sont des moments dont l’impact sur l’entreprise et son environnement est particulièrement fort à la fois en intensité et en conséquences présentes et futures. Ce sont aussi des moments où la légitimité des décisions prises par la direction d’une entreprise est particulièrement mise à l’épreuve.

Si le licenciement économique collectif est un événement suffisamment important pour être à lui seul un objet d’analyse, il n’a jusqu’ici pas été analysé sous l’angle de la justification économique dans le plan de licenciement. On comprend que la dimension sociale, à travers le plan social, soit particulièrement l’objet d’étude et de débat : c’est un impératif social, humain, politique et juridique que de chercher à limiter autant que possible le nombre de personnes qui perdent leur emploi. La question de la justification économique du licenciement économique collectif ne nous paraît pas pour autant une question négligeable : l’acceptabilité et donc les conséquences et les conditions d’une telle décision passent par sa justification.

C’est aussi cette justification qui permet aux salariés et à la direction de continuer à travailler ensemble. Lorsque la justification économique formulée par la direction de l’entreprise est acceptée par les salariés, elle devient conventionnellement le motif accepté d’une décision qui ne pourrait être acceptée si elle ne s’appliquait pas au nom d’un bien supérieur.

Notre approche des plans de licenciement étant centrée sur les justifications économiques données par l’entreprise dans les plans de licenciement, il nous a semblé indispensable de chercher à définir le contexte entourant une décision de licenciement collectif. C’est l’objet de la première partie. Dans un deuxième temps, nous avons déconstruit un argumentaire de projet de licenciement. Cette déconstruction est édifiante car elle montre les rhétoriques des licenciements à l’oeuvre, mais aussi parce qu’elle permet d’interroger plus largement la question des motifs des licenciements, de leur impact et surtout la question du pouvoir dans l’entreprise, et par conséquent la nature de celle-ci.