16 avril 2002
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2002-052 - Licenciements et marchés financiers : les illégitimités de la convention financière

N°52 - Avril 2002

par Tristan Boyer

Depuis les années 80, les marchés financiers semblent jouer un rôle accru dans l’économie et plus particulièrement dans la vie des entreprises, à tel point que le discours majoritaire leur impute les décisions de licenciement. C’est réduire les décisions d’emploi à une relation mécanique entre les marchés financiers et l’emploi conçu comme une variable d’ajustement, alors que les décisions des entreprises sont prises dans des situations de gestion, instrumentées par des outils variés susceptibles de donner une perception plurielle de l’entreprise et de son environnement. Notre analyse se focalise sur la question de la légitimité des principes de Corporate Governance tels qu’ils sont appliqués par les dirigeants d’entreprise : il nous semble en effet qu’une entreprise qui fonctionnerait selon cette « convention financière » qui veut qu’on réduise l’intérêt de l’entreprise à celui de l’actionnaire ne serait pas viable si la légitimité de ce mode de fonctionnement n’était pas acceptée par toutes les parties prenantes à la vie de l’entreprise.

À cette perspective centrée sur les justifications de la décision d’emploi dans l’entreprise répond une analyse de la décision d’investissement sur les marchés financiers à partir d’études statistiques et de terrain qui montrent que la performance (et la performance financière) des entreprises qui ont licencié est moindre que celles des entreprises qui ont embauché. La réaction des marchés financiers à l’annonce de licenciements y est montrée comme très variable selon le contexte de cette annonce. Il apparaît de plus que les informations non financières (et en particulier certaines touchant à l’emploi) sont considérées comme très importantes par les décisionnaires sur les marchés financiers. Il convient donc de reconnecter l’économie réelle et l’économie financière par la mise en place des moyens d’une connaissance mutuelle de l’entreprise et des marchés financiers, ainsi que par une redistribution équitable du pouvoir dans l’entreprise, qui empêcheraient la mise en oeuvre de licenciements par les dirigeants d’entreprise dans le seul but d’augmenter le cours de l’action.