29 juillet 2009
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La prud’homie, c’est comme une assurance !

Interview de Bernard Lachaux, président de la section encadrement au tribunal des prud’hommes de Paris.

NB : cette interview a été réalisée avant les élections prud’homales du 3 décembre 2008.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir conseiller prud’homme ? Au début, la prud’homie ne voulait pas dire grand-chose pour moi. Et puis j’ai commencé à militer à la CFE-CGC et on m’a demandé d’être représentant des personnels cadre à l’hôtel où je travaillais. J’ai donc commencé en tant que délégué du personnel puis représentant au CE. De fil en aiguille, je me suis intéressé aux prud’hommes, je me suis présenté aux élections et j’ai été élu aux prud’hommes de Paris. C’était il y a 20 ans. J’étais rentré pour un mandat et je suis resté car le droit du travail est très complexe et il faut du temps pour le maîtriser. Il y a des accords d’entreprise et des conventions collectives qui priment sur le droit du travail qu’il faut évidemment connaître.

Comment définiriez-vous la fonction de conseiller prud’homme ? Être conseiller prud’hommes c’est un engagement. Mais c’est aussi une exigence : il faut être impartial. Un conseiller prud’hommes ne doit pas arriver avec des préjugés en tête et se dire : « d’un côté ce sont les patrons, et de l’autre ce sont les syndicalistes. » On est là pour travailler ensemble. Nous travaillons dans les dossiers et nous jugeons en droit. Cela signifie bien évidemment qu’il faut laisser ses états d’âme à la porte du tribunal.

Pourriez-vous nous raconter une journée type aux prud’hommes ? La journée d’un Président de Section est différente de celle des autres conseillers. Il faut tout d’abord arriver plus tôt pour préparer l’audience : prendre les dossiers, les lire et faire une feuille de préparation avec les chefs de demande. C’est-à-dire mettre la réalité du dossier sur papier. A 13h, on ouvre la séance du bureau de jugement. En premier, nous avons les plaidoiries des avocats puis après, nous nous retirons pour délibérer. C’est la que la neutralité prend toute son importance, nous devons juger sur pièces. Nous débattons entre nous puis rentrons à nouveau dans la salle pour donner le jugement. Mais ce n’est pas fini ! Ensuite, nous devons tout écrire, cela est très fastidieux car il faut expliquer ou argumenter en droit pourquoi nous condamnons ou déboutons l’une des parties.

Qu’avez-vous envie de dire à tous ceux qui vont voter le 3 décembre ? La prud’homie c’est comme une assurance : on dit toujours « ce n’est pas pour moi, ça ne me concerne pas, tout se passe bien dans mon travail ». Mais quand un pépin arrive, on vient chercher un conseiller prud’hommes en courant. Il faut donc aller voter car la prud’homie est un endroit neutre ou chacun peut demander justice, qu’il soit patron ou salarié. Les prud’hommes sont uniques en Europe : tout syndicat, toute organisation patronale à intérêt à encourager la prud’homie et faire une importante publicité pour rappeler ce qu’est l’Institution. Cette année d’ailleurs, les salariés et les employeurs parisiens pourront voter par Internet. C’est peut-être une chance pour que ceux qui ne s’expriment pas d’habitude votent à nouveau.